Accueil > Développement humain durable > Transports > 17 novembre : Entre expression d’une colère légitime et tentative (...)

17 novembre : Entre expression d’une colère légitime et tentative d’instrumentalisation de l’exaspération

dimanche 11 novembre 2018
Par Agnès Naton

Depuis quelques jours, les réseaux sociaux comme les grands médias se font l’écho d’un appel à « bloquer » le pays pour condamner la hausse du prix des carburants.

Entre colère légitime des travailleurs-citoyens et tentative d’instrumentalisation par des groupes d’extrême-droite, la situation mérite réflexion et de comprendre ce que nous dit cette mobilisation grandissante. En deux semaines la pétition lancée par une jeune auto-entrepreneure de la région parisienne, dépasse les 750 000 signataires. L’opinion publique soutient ce mouvement à plus de 78%.

Le travailleur-citoyen contraint de prendre son véhicule chaque jour, privé d’autres modes de transports alternatifs fait ses comptes. En un an, son « plein » en moyenne est passé de 45 à 70 euros.

Avec l’éloignement domicile-travail et l’utilisation de son véhicule personnel pour grand nombre de travailleurs pour leur activité professionnelle, faute de réponses adaptées pour se transporter, le budget peut atteindre 300 euros par mois à minima.

Comment ne pas être en colère, lorsque cette hausse du prix à la pompe s’ajoute et se cumule avec d’autres coupes dans les aides sociales et les dépenses sociales ?

Comment ne pas être excédé, quand le président de la République renonce à plusieurs milliards de rentrées fiscales et réduit l’imposition du capital et des plus fortunés. Il est bon de rappeler que 59% de la dette publique proviennent des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêt excessifs.

Celles et ceux qui se lèvent tôt, qui travaillent tard ou qui sont privés du droit fondamental de travailler le savent : La hausse des taxes sur les carburants servent à renflouer les caisses de l’Etat pour compenser l’immensité des cadeaux de ce gouvernement faits aux plus riches !!

Alors comment ne pas être révolté par ce mépris du pouvoir, par l’aggravation des inégalités voulues et organisées par ce gouvernement ? Le ras le bol du monde du travail s’exprime de plus en plus fort, et la CGT ne peut que s’en féliciter. Cette situation nouvelle conforte et renforce notre travail d’écoute et de mise en débat dans chaque entreprise pour faire grandir l’expression des exigences, les mobilisations collectives nécessaires.

L’heure est bien à la mobilisation de toute la CGT pour les salaires, le pouvoir d’achat, une répartition juste de la richesse créée par notre travail. Mais aussi, au développement de modes de transports alternatifs à la voiture ou complémentaires, fondée sur le développement du service public ferroviaire, afin de conjuguer réponse aux besoins et respect de l’environnement. Comme à Niort, Dunkerque et d’autres villes, engageons-nous pour obtenir la gratuité des transports urbains.

Si la CGT a dénoncé la tentative d’instrumentalisation, nous devons tout autant porter grande attention à celles et ceux qui prendront part à cette mobilisation, ne serait-ce que parce qu’elle est importante pour eux. Ne passons pas nous-mêmes à côté de cette colère légitime, sans cependant jamais perdre de vue les enseignements de l’histoire. Elle témoigne de la démagogie, de l’imposture des tenants des idées de l’extrême droite. Dans les périodes de crise, ils se parent hypocritement de vertus sociales et tentent de séduire les couches populaires les plus touchées et les couches moyennes qui s’estiment « abandonnées », « déclassées ». Ils attisent les haines, le racisme, la xénophobie, l’homophobie… dans un but unique : s’imposer comme seule alternative pour gouverner, et non pas pour répondre aux besoins du plus grand nombre.

Alors, avant et après le 17 novembre, soyons disponibles sur les lieux de travail, dans les quartiers pour entendre, écouter, faire connaitre nos propositions et organiser des débats publics, des forums citoyens afin que la colère et les exigences exprimées le 17 novembre ne soient ni détournées, ni sans lendemain.

On ne réussira pas la « transition écologique et climatique » sur le dos des moins bien lotis, sans réduire les inégalités, sans garantir les droits fondamentaux, sans des services publics forts, sans mettre au cœur des politiques publiques, de l’aménagement du territoire, des projets de développement, l’humain avant tout !