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Les migrations, chance ou menace ?

vendredi 22 janvier 2016
Par Daniel Blanc Brude

MONDE

Les migrations internationales font partie des phénomènes majeurs en ce début du 21ème siècle. Elles se sont rapidement mondialisées, atteignant 230 millions d’immigrés pour une population mondiale totale de 7,2 milliards d’habitants soit 3,2 %.
Le départ et / ou l’arrivée, le transit de migrants touchent désormais tous les pays du monde alors que, par le passé ils ne concernaient que quelques régions de départ et d’accueil. Cette révolution des migrations, qui remet en question la capacité de l’Etat à maitriser les frontières et à définir les modalités du "vivre ensemble", découle de la conjonction de plusieurs facteurs.

La persistance d’écarts de richesse très importants entre le Nord et le Sud, alliée aux déséquilibres démographiques, oppose des pays riches et vieillissants (pays européens, Japon) à des pays pauvres ou émergents connaissant un grand dynamisme (pays asiatiques, africains ou latino-américains).

Autre grand facteur de mobilité : l’information. Les télévisions des pays riches montrent des modes de vie et de consommation qui font rêver les habitants des pays pauvres, développant l’économie du voyage où dans de très nombreux pays de départ, des agences proposent des circuits d’immigrations clandestines ou non.
Il s’agit pour les agences de répondre à l’offre des pays du Nord en manque de main d’œuvre qualifiée. On parle alors de "migration d’équilibre" approche utilitariste de l’immigration qui s’apparente à un pillage. Ainsi, d’ores et déjà en 2014 la saignée est importante : plus de 40 % de la population qualifiée des Caraïbes, 17 % de celle de l’Amérique Centrale, 13 % de celle de l’Afrique du Sud, 10 % de celle de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient ont émigré.

Autre facteur, la chute du système soviétique a développé des migrations ethniques. La déception de la population qui dans beaucoup de pays rêvait de lendemains meilleurs après les indépendances où des révolutions, représente aussi un facteur de mobilité important.

La multiplication des crises politiques (Grands Lacs en Afrique et Yougoslavie, Proche-Orient, régions kurdes), les interventions de BUSH en Irak, de la France, Grande Bretagne, Etats-Unis en Libye ont déstabilisé une vaste région allant du Moyen-Orient à toute l’Afrique du Sahel.

L’émergence de nouveaux facteurs d’exil (nettoyage ethnique, affrontements religieux, réchauffement climatique) jettent sur les routes des milliers de réfugiés dont le statut est loin d’être reconnu comme tel.

Les réfugiés sont donc passés en 40 ans, de 77 millions en 1965 à 120 millions en 1995, puis 200 millions en 2005 et à 230 millions en 2015.

Les dirigeants et l’opinion publique des pays d’accueil, à de rares exceptions, vivent souvent l’immigration comme une menace. Ils dénoncent une "invasion silencieuse" et déploient des politiques de contrôles de dissuasion et de répression à l’encontre des sans-papiers, nouveaux parias de l’humanité qui défieraient l’ordre étatique. Le transnationalisme des flux des échanges marchands, des relations familiales et culturelles ajoutent à ce brouillage des repères et fait craindre aux Etats d’accueil, la perte de leur identité et la remise en question de leurs modèles d’intégration (assimilationnistes ou multiculturels), au profit d’une cohabitation où les migrants conserveraient leurs allégeances multiples.

A cela s’ajoute l’odyssée des migrants d’Asie, d’Afghanistan, du Cachemire, les boat-people fuyant la Birmanie ou le Bangladesh, le Mexique en Amérique du Nord…
Depuis 2000, près de 31.000 personnes ont péri en tentant de rejoindre l’Europe, c’est un fichier informatique particulier, une comptabilité froide mais implacable : la liste "des évènements" qui ont conduit ces migrants à la mort. La route mortelle des migrants dans le monde existe aussi comme la carte de construction de barrières de séparation qui s’est accélérée après la fin de la guerre froide : on en récence une cinquantaine déjà érigés ou en cours d’édification.

La plus longue, 3.000 kilomètres, construit sur les 4.100 entre l’Inde et le Bangladesh, 3.300 entre l’Inde et le Pakistan, à la plus courte celle de Calais en France. Erigés depuis 25 ans, elles n’ont pas permis de rendre le monde plus sûr. Créées pour séparer les vivants, n’ont-elles pas vocation à être un jour franchies ou abattues ? Le marché du frontalier militaire représentait 17 milliards en 2011 que les multinationales se disputent.

Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) qui produit aussi sa propre comptabilité sur ce drame migratoire sans équivalent dans le monde, l’Europe est la destination la plus dangereuse et difficile à atteindre pour les migrants et demandeurs d’asile dans le monde (66 % en 2014 et 3 migrants sur 4 pour le 1er semestre 2015).

L’inversement de la donne dans le monde est déjà en cours et l’immigration sera la chance de nos économies.

Demain, 2050, nous serons 10 milliards d’habitants dans le monde mais les pays à explosion démographique se raréfient. Déjà la population en âge de travailler se contracte au Japon, en Russie, en Corée. L’Europe connaitra cette attrition dans 10 ans, la Chine dès 2020, l’Amérique latine à partir de 2045.

Pour maintenir le financement de leur système social, les pays du Nord engagent déjà des politiques d’attraction de diplômés ou de certains métiers comme en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, la Grande Bretagne et désormais l’Allemagne.

L’autre grande évolution récente vient du "grand basculement" issu de la mondialisation, à savoir le rapide développement des pays émergents.

Il réduit et modifie les "besoins de partir" des populations pauvres. Les économistes ont observé un seuil de 9.000 dollars dans des pays en deçà de ce niveau de revenu par tête, les populations émigrent mais dès que le revenu dépasse le seuil, elles restent. Puis, au-delà de 15.000 dollars, la balance migratoire s’inverse. Le pays devient attirant. C’est le cas désormais de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, de la Malaisie, du Brésil et de l’Afrique du Sud, qui deviennent des pôles d’attraction pour leur région. Dans le même temps, les pays qui se développent se mettent à conserver leurs propres populations comme le Mexique ou la Turquie. Hier, grands pourvoyeurs de travailleurs pour les Etats-Unis ou l’Allemagne, ces pays ont réorienté les départs en flux internes vers leurs propres grandes métropoles.

La géographie mondiale de l’immigration change vite. L’Afrique verra doubler ses habitants d’ici 2050, de 1,2 milliard à 2,5 milliards. Le Niger avait 3 millions d’habitants en 1960 lors de son indépendance. Il y en a 20 millions aujourd’hui. Le pays est classé parmi les moins développé au monde. Les femmes y ont en moyenne 7,6 enfants ; un des taux de fécondité record. Selon les projections de l’ONU, le Niger aura 36 millions d’habitants en 2030, 72 millions en 2050 et 209 millions en 2100. C’est impossible, le Niger ne peut pas faire vivre plus de 50 millions de personnes.

Pendant ce temps, l’Europe, au sens large géographique, passera de 738 millions aujourd’hui à 707 millions en 2050 et 646 en 2100.

Les chiffres parlent : ils disent que le problème des migrations est devant nous.

Pour que toutes les pauvretés ne viennent nous submerger inévitablement, il n’y a qu’une solution véritable : tout faire pour stabiliser et développer les pays.

D’abord ouvrir les yeux et reconnaitre que, depuis quinze ans, les politiques dites "d’aide au développement" ont été critiquées, déconsidérées, laissées de côté, les crédits n’ont cessé de baisser.

De la France du repli, qui d’un grand coup de balancier de la Centrafrique à la moindre intervention économique ou tout simplement "on n’a plus les moyens". Les souverainistes du repli national ont de la sorte gagné mais ils ont fait perdre la France.

Plutôt que critiquer l’aide au développement, il faut l’encourager avec une cohérence d’ensemble des acteurs de l’aide (Banque Mondiale, pays européens…), des plans décennaux et des crédits cette fois uniquement publics.

La Commission Européenne a promis un fonds pour le développement de l’Afrique de 1,8 milliard d’euros. Mais le Sahel aura besoin de bien plus et "il est déjà trop tard".
Tout remettre à plat, tirer les leçons du passé, combattre le repli souverainiste : l’immigration nous submergera si nous ne l’anticipons pas

D’autre part, les travailleurs immigrés envoient chez eux 550 milliards de dollars chaque année à leur famille restée au pays. Cette somme permet tant bien que mal de trouver de l’eau, de la rendre soluble, de se nourrir, de s’éduquer, de se soigner pour un milliard de personnes. La pauvreté évitée, beaucoup peuvent rester chez eux. Si les Etats du Nord triplaient leur aide au développement, on éviterait 100 millions de réfugiés économiques.

L’immigration reste et restera une chance, toutes les études économétriques infirment tous ce qu’affirme les populistes anti-immigrations, non les immigrés ne prennent pas le travail des autres, non ils ne créent pas de trous dans la sécurité sociale.

Hélas, le discours inverse est très peu entendu. L’immigration est un sujet trop sensible. Elle provoque la peur la plus épaisse des sociétés humaines, celle de l’invasion et de perte des identités, nationales, culturelles, religieuses : l’immigration est conséquence un non pensé. Les grands partis politiques se taisent, les Gouvernements, l’Europe n’ont pas de vision à long terme, ils suivent leur opinion publique.

Du coup, les évènements les bousculent comme la vague de cet été le démontre.
Il faut donc rentrer dans le débat, utiliser les chiffres disponibles sur les migrants pour dissiper les fantasmes, agir sur les peurs.

L’EUROPE

Elle avait lancé en octobre 2013, au lendemain d’un terrible naufrage au large de l’ile italienne de Lampedusa, l’opération "mare nostrum". C’était une opération italienne avec des navires qui allaient jusqu’aux eaux territoriales libyennes sauver les candidats à l’asile entassés sur des embarcations précaires par des réseaux de passeurs mafieux. L’Italie a fait ses comptes : 9 millions d’euros par mois et surtout seule à payer. Non seulement la solidarité européenne n’a pas joué, mais les collègues européens de l’Italie lui ont reproché de favoriser l’immigration.

L’Europe a trouvé une solution fin 2014 et cette solution s’appelle "triton". L’opération n’est plus une mission humanitaire italienne qui a sauvé 150.000 personnes mais européenne gérée par l’Agence de Surveillance des Frontières de l’Union Européenne, FRONTEX . Elle coûte trois fois moins cher et s’arrête à la limite des eaux territoriales européennes. Confier l’immigration aux Ministres de l’Intérieur des pays de l’Europe, c’est choisir la voie sécuritaire et en fait choisir de laisser les migrants mourir en méditerranée.

"Triton" n’a pas calmé la tempête. Les migrants ont continué d’affluer car ce n’est pas la perspective d’être bien accueillie qui les incite à partir mais la misère, l’insécurité, la violence.

L’Europe depuis le cas des esclaves espagnols de CEUTA et MELILLA en Afrique, de Calais pour la France et la Grande Bretagne, l’immigration est l’affaire des Ministères de l’Intérieur et l’immigration est considérée comme un fléau, ce dont se nourrissent les partis populistes.

Aucun des grands partis de Gouvernement de l’UE n’a eu le courage ou l’ambition d’élaborer une stratégie rationnelle sur la gestion, l’accueil ou l’utilité des migrants.
Et pourtant depuis de nombreuses années, les pays européens ont été avertis que leurs systèmes d’asile et d’immigration étaient inadaptés.

Aujourd’hui, avec l’afflux croissant de réfugiés et les tragédies de plus en plus fréquentes avec son très long cortège de morts, ce système révèle toutes ses faiblesses. Mais les arrivées de réfugiés ne sont pas la cause réelle de cet effondrement. La véritable raison en est politique.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, un peu plus de 812.700 demandes d’asile au 10.12.2015 ont été déposées dans les Etats membres de l’Unions Européenne (UE) depuis janvier. 40 % d’entre elles ont été déposées en Allemagne, tandis que la Hongrie s’est chargée d’un quart des demandes restantes. Cela signifie que 26 pays de l’UE traitent à peine un peu plus de 180.000 demandes d’asile, un effort qui est loin d’être héroïque.

Même en incluant le un million de réfugiés qui est arrivé en Italie et en Grèce depuis janvier 2015 et les 500.000 réfugiés économiques (dont un million en Allemagne), nous sommes loin de connaitre les véritables pressions migratoires exercées par les flux de réfugiés dans des pays beaucoup moins riches et moins stables comme le Pakistan, le Liban et l’Ethiopie, ou, beaucoup plus près de nous, la Turquie qui héberge près de deux millions de réfugiés syriens.

VERITE POLITIQUE QUI DERANGE AVEC LES CHIFFRES

La France et le Royaume Uni n’ont pas su trouver de meilleure réponse aux besoins de quelques 3.000 migrants à Calais que d’envoyer des contingents de police et d’allouer des fonds pour renforcer la surveillance et clôturer les accès au tunnel sous la manche.

Au Danemark où les demandes d’aile n’ont pas augmenté par rapport à 2014, le Parlement a approuvé le 2 septembre 2015 une réduction des aides des réfugiés avec la volonté déclarée de rendre le pays moins attractif pour ces derniers.

En Pologne, les demandes d’asile ont chuté de 50 % en 2014 sur 2013.

La Bulgarie et la Hongrie ont fait ce mauvais choix de fermer leur frontière avec des clôtures et une surveillance policière et militaire.

La Slovaquie, la République Tchèque n’en veulent pas sauf une poignée est catholique de surcroit. Ils ont créé avec la Hongrie et la Pologne, le groupe de VISEGRAD, sommet de chefs d’Etat qui ont décidé le 4 septembre 2015 à Prague, le renvoi automatique de tous les migrants dans leur pays d’origine où la mise en place d’un corridor ferroviaire sous protection de la police et de l’armée qui amènerait les migrants directement de Macédoine en Allemagne.

Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pays Baltes, Ex RDA, pendant des décennies les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre très limité d’immigrés des "pays frères". Les conditions étaient draconiennes et on interdisait le regroupement familial. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant, la Hongrie et son mur n’en sont qu’un exemple.

Le véritable problème est la réponse désordonnée, presque hystérique à cette situation. Une Europe incapable de donner des moyens à la Grèce exsangue pour accueillir dignement les réfugiés à Kos ou à Lesbos.

Il faudrait de toute urgence avant de parler de refonder les accords de Schengen (voir fiche SARKOZY) revoir fondamentalement la convention de Genève de 1951 et le règlement de Dublin.

Ainsi deux termes sont désormais employés pour désigner ces nouveaux arrivants : "migrants" et "immigrés", mais ils s’inscrivent dans une vieille distinction entre migration de travail et migration politique, distinction qui est plus incertaine que jamais. Ce sont des arrivants qu’il convient en 2015 d’accueillir dignement, de leur donner un statut et un nouveau nom.

LA CONVENTION DE 1951 DE GENEVE

Pour ce qui concerne la convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile élaboré dans le contexte de l’après-guerre de 39 – 45, elle est exigeante : le demandeur doit démontrer qu’il est personnellement persécuté. D’où de laborieuses enquêtes au cas par cas pour différencier la demande d’asile de la migration économique. Elle est inadaptée au cas des guerres civiles et Manuel VALLS y faisait référence encore en août 2015. Avec la Syrie où toute l’économie s’est effondrée, les villes détruites avec les infrastructures à plus de 70 %, la notion de persécuté est ubuesque. Le réfugié syrien est bel et bien un réfugié économique et politique. L’organisation internationale des migrations parle de migration mixte et dresse un "mur mental et administratif" que l’on veut maintenir à tout prix et qui n’a plus de sens.

LE CAS DE LA SYRIE : Un partage inéquitable

La Syrie comptait en 2012, 22 millions d’habitants. Depuis 6,5 millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur du pays et 4,5 millions ont fui les combats qui ont fait déjà 250.000 tués.
Les 4,5 millions de réfugiés se retrouvent :
Turquie : 1,9 million dont 250.000 à la frontière syrienne dans 25 camps avec des conditions déplorables.
Liban : 1,1 million, les syriens représentent 27 % de la population totale leur comparaison 16,5 millions en France.
Jordanie : 629.000, les syriens représentent une personne sur 10. Face à cet afflux, l’ONU a construit deux camps dans le Nord : ZAATARI ouvert en 2012 avec 80.000 réfugiés et AZRAQ avec 22.000 réfugiés pour une capacité de 50.000.
Pour ces trois pays, les européens s’étaient engagés sur une aide de 4 milliards d’euros fin 2014 afin de fixer les immigrés syriens dans les camps de réfugiés. A ce jour, moins de 50 millions d’euros ont été mobilisés rendant la vie à un très haut niveau de précarité.
Irak : 249.000, 95 % sont dans la région autonome kurde ; ce pays compte aussi 1,5 million de réfugiés interne qui ont fui l’expansion de l’Etat islamique.
Egypte : 132.000
Maghreb : 24.000
Etat du Golfe : aucun accueil ? Israël : idem.
Europe : 348.000 pour l’instant en 2016. Le Haut-Commissariat aux réfugiés demande d’ici 2016 à l’Europe de relocaliser 200.000 réfugiés syriens pour soulager les pays voisins de la Syrie.

POUR L’EUROPE, REVOIR LE REGLEMENT DE DUBLIN

C’est un mécanisme inéquitable qui permet à la majorité des Etats membres de l’UE de reporter la responsabilité des demandeurs d’asile sur quelques pays se trouvant en 1ère ligne comme en Grèce, Bulgarie, Hongrie, Italie, Espagne, Malte. L’Allemagne a suspendu seule début septembre 2015 ce mécanisme.

Obligation morale et juridique

Les pays de l’UE et la Commission Européenne devraient mettre en place un système dans lequel les pays se répartissent de manière équitable les demandeurs d’asile en se fondant sur les principes de solidarité et de protection des droits de l’homme. Cela permettrait d’améliorer la protection que l’Europe octroie aux réfugiés et, parallèlement, d’alléger les pressions qui s’exercent sur certains pays de l’UE.

Une telle évolution devrait s’accompagner d’une amélioration de la coopération avec les Etats des Balkans occidentaux. A ce jour, l’UE les a amenés de diverses manières à retenir les demandeurs d’asile, un choix qui a poussé certains de ces pays à adopter une série de mesures illégales, comme le profilage ethnique aux frontières et la confiscation des documents de voyage. Aujourd’hui, l’UE doit aider ces pays à développer leurs systèmes d’asile et leurs capacités à héberger des réfugiés conformément aux normes européennes. Cela permettra non seulement de sauver des vies, mais aussi de donner effet à la promesse de "réaliser une union plus étroite" que tous les pays de l’UE et des Balkans occidentaux ont faite lors de leur adhésion au Conseil de l’Europe.

En outre, les pays européens doivent prévoir davantage de possibilité légales pour que les réfugiés puissent rejoindre notre continent, par exemple en assouplissant les visas humanitaires et les règles du regroupement familial. Cela éviterait d’une part, aux réfugiés d’emprunter des itinéraires terrestres ou maritimes périlleux et affaiblirait, d’autre part, l’emprise des passeurs qui prospèrent lorsque les restrictions migratoires sont sévères.

L’Union Européenne peut accueillir avec ses 510 millions d’habitants, un million de réfugiés, soit 1/500.

Il ne faut pas se tromper. Dans quelques années, les historiens jugeront les européens sur la façon dont ils ont accueilli ceux qui fuyaient la mort sous les bombes, l’esclavage sexuel, les persécutions religieuses, les barils de TNT largués sur leurs quartiers, l’épuration ethnique. Dans les livres d’histoire, le chapitre consacré à ce moment-là s’ouvrira comme pour le Vietnam de son temps sur une photo : celle du corps d’un petit syrien, Aylan KURDI, noyé, rejeté par la mer, un sinistre matin de septembre 2015.

LA FRANCE

La réforme des droits d’asile adoptée dans le 1er semestre 2015, ressemble plus à un compromis administratif, une petite loi. Nous n’avons pas donné de sens à la politique d’asile française. On a adopté certaines règles communautaires, sur les recours que la France aurait pu faire seule, mais nous avons repris de vieilles lunes restrictives d’un système préfectoral mal commandé. On a laissé enfin subsister des anomalies blâmables comme la procédure suivie devant la Cour Nationale de droit d’aide.
On a mélangé immigration et asile où les réfugiés paient au prix fort l’absence d’intégration dans la société. Notre système transforme un tiers de demandeurs en réfugiés statutaires, qu’on ne fera rien pour intégrer et produit deux tiers de déboutés qu’on ne renverra pas, c’est absurde. Par ailleurs, la question financière fait l’objet d’un débat récurrent alors que 20 ans d’interventions militaires extérieures, aux résultats qui n’ont jamais fait l’objet d’un débat institutionnel et sont au pire accablants.
Une réforme là aussi abandonnée au Ministre de l’Intérieur, comme pour l’Europe.
La France a pourtant accueilli de 1880 à 1920, 150.000 juifs fuyant les pogroms. En 1939, 700.000 républicains espagnols sont passés en France. En 1973, 170.000 boot-people vietnamiens et cambodgiens ont été accueillis avec dignité avec des programmes de logements et d’emplois.

L’immigration italienne avant 1939 puis après 1945, celle maghrébine…
Aujourd’hui, elle est désemparée devant un afflux extraordinaire pour accueillir dans le cadre du plan européen de relocalisation de réfugiés arrivés en Grèce et en Italie, 30.700 réfugiés sur 2 ans. A ce jour, 07.01.2016, elle n’en a accueilli que 19.
D’autre part, la France a promis à l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés d’aller chercher 2.375 réfugiés vulnérables dans les pays de premier exil notamment au Liban d’ici décembre 2017.

Notre pays, celui des droits de l’Homme n’est pourtant plus une très grande terre d’asile. Or, il faut rappeler que c’est le pur respect des conventions internationales sur les droits de l’Homme qui alimente en France le gros de l’immigration.

Sur les 200.000 entrées de migrants non européens qu’elle enregistre chaque année, seuls 10 % sont des réfugiés et cette part est stable depuis 10 ans. La spécialiste de la France, c’est l’accueil du flux continu de migrants ordinaires ; Avant la crise actuelle, en 2012, la France était en 12ème position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants. La Suède en recevait 5 fois plus, la Norvège 2 fois plus et Malte ou Chypre plus que la France. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous mais son taux de décision positive était le double du notre : 29 % contre 15 %.

Au 15.12.2015, la France est 6ème (derrière l’Allemagne, la Suède et l’Italie) des pays d’accueil en Europe. Compte-tenu de la courbe de ses demandes, elle pourrait même perdre encore quelques places en 2015. En 2014, alors que les demandes d’asile au sein de l’Union Européenne augmentent de 44 %, en Allemagne, elles connaissent un bond de 60 %, 50 % en Suède, la France, elle enregistrait une baisse de 5 % selon l’Agence Eurostat (2,4 % selon les données françaises). Pour 2015, la France a enregistré 33.000 demandes. Le même chiffre que 2014.

Par ailleurs, concernant les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier. Les 90 % restant le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un (e) français (e) : 50.000 entrées par an, le droit des étrangers de vivre en famille : 35.000 entrées par an, le droit d’asile : 18.000 entrées par an et ce quasi droit désormais d’étudier à l’étranger plus de 60.000 entrées par an.

Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que l’Allemagne avec le chiffre avancé par Madame MERKEL cela représenterait 640.000 réfugiés.
Les immigrés surreprésentés parmi les actifs, contribuent plus à la protection sociale qu’ils ne reçoivent suivant les travaux réalisés en 2012 en France par Xavier CHOJNICKI et Lionel RAGOT. En matière de retraite et de santé, ils contribuent fortement.

LES RAVAGES DES IDEOLOGIES DU REPLI IDENTITAIRE

On peut invoquer la crise économique, les millions de chômeurs et le grand repli sur les égoïsmes nationaux. Mais plus fondamentalement, il est temps de mesurer les ravages exercés dans la société française par les idéologies qui se sont développées depuis une vingtaine d’années, visant à discréditer, à détruire, tous les mouvements se réclamant de l’antiracisme. Au nom de la lutte contre la "pensée 68", des idéologues se sont acharnés à nous expliquer que l’antiracisme était le moteur de divisions nationales possibles, et que ce combat était vieillot, démodé. Exsangues, les organisations antiracistes ont aussi subi le double assaut "d’identitaires", se réclamant, soit de la pureté de la "race française" et rejetant tout apport de culture étrangère dans la construction de la France ; et d’un autre côté, de ceux qui ont voulu communautariser le combat antiraciste, en rejetant les porteurs de l’universalité des droits de l’homme.

Campagnes et diabolisation

Ces campagnes incessantes de diabolisation des combats antiracistes ont largement profité à l’extrême droite, qui a pu maintenir intact son réservoir d’arguments déjà anciens : conception d’une France éternelle et rejet des principes d’égalité forgés par la Révolution française : réhabilitation de l’héritage colonial ; défense d’une identité perpétuellement menacée par la présence de l’Autre, de l’étranger. L’image de notre pays s’est également assombrie ces vingt dernières années où des campagnes incessantes expliquent que, derrière chaque immigré venant d’un pays de culture musulmane, se cachait un terroriste. Sans même moderniser son vocabulaire, si bien mis en évidence par l’historien Zeev Sternhell dans La Droite révolutionnaire, 1885 – 1914. Les origines françaises du fascisme (Gallimard 1997), l’extrême droite française, tous courants confondus, progresse à grande vitesse et s’enracine dans une société privée de ses points de repère historiques.

Car la tradition historique française est bien celle de l’hospitalité envers les réprouvés, les persécutés, les hommes et les femmes qui fuient la terreur et la barbarie pour aller vers la patrie des droits de l’homme. On ne peut pas combattre la dictature de Bachar Al Assad ou la barbarie de l’Etat islamique et refouler ceux qui la subissent et sont obligés de fuir pour sauver leur vie.

Annexe 1 : Face aux migrants (Roger-Pol DROIT, philosophe)
Résumé
La question des migrants va occuper l’Europe sans doute largement car les migrants passent de petits groupes à une vague déferlante croissante.
La difficulté tient aussi à un vrai conflit qui s’installe, en réalité entre deux nous auxquels chacun appartient.
Nous les humains, avons envie de tendre les bras. Ce nous de l’empathie, de la pitié, de la fraternité, ne repose pas sur une pauvre commisération larmoyante. Il constitue le fondement même de la morale, comme l’ont montré en leur temps, en des styles différents, ROUSSEAU, Arthur SCHOPENHAUER ou Adam SMITH. Les sentiments moraux s’ancrent dans les triples, la sensibilité, l’émotion avant d’être objet de dissertation. La détresse des migrants n’est pas extérieure à ce nous. D’humain à humain la souffrance se ressent et se partage directement.
De même qu’on se jette à l’eau pour ceux qui se noient, dans le feu pour ceux qui vont périr, l’évidence s’impose d’accueillir d’urgence nos semblables en détresse.
Mais le nous, les nantis, avons envie de fermer la porte, de déclarer que ce n’est pas notre problème, pas notre vie, ni notre responsabilité. Ce nous de l’égoïsme et du repli est aussi celui de la défense des acquis, de la stabilité sociale, de l’ordre public, du chez soi qui n’est pas chez les autres, ni ouvert au vent, à tout vent. Se comparer et se préférer, se protéger en refusant d’aider, ces attitudes existent depuis aussi longtemps que la pitié et ses émotions.
La difficulté tient au fait que chacun appartient toujours à ces deux nous à la fois. Il n’y a pas donc seulement deux camps dont s’oppose sensibilité et jugement des idéologies distinctes. Nous sommes tous plus ou moins divisés en notre for intérieur. Ces mouvements sont puissants en tout individu.
Ce qu’il faut bien voir, c’est que nous sommes tous plus ou moins divisés dans notre for intérieur. Mis à part chez les anges et chez les démons que l’on rêve symétriquement incapables du mal ou incapables du bien, ces deux mouvements sont puissants en tout individu. Leur tension s’ancre d’abord au-dedans de chacun et non au dehors. Et qu’elle n’est pas prête de disparaitre. Encore faut-il la reconnaitre, si l’on veut qu’un jour des solutions existent qui s’efforceraient d’atténuer ce conflit.

Annexe 2
SARKOZY n’arrête pas de durcir ses positions sur l’immigration.
La pêche aux électeurs d’extrême droite conduit l’ancien Chef de l’Etat à tenir, à affirmer que les migrants qui fuient les persécutions ne viennent en France que pour toucher les allocations familiales.
Tableau apocalyptique mais affabulation totale. La comparaison du nombre de "réfugiés" qui se dirigent vers l’Allemagne ou la Suède et ceux qui choisissent la France montre le contraire et Calais démontre bien qu’ils sont indifférents au montant de nos allocations. C’est un vrai mépris pour ces réfugiés souvent titulaires de diplômes universitaires.
Il veut, d’autre part, suspendre Schengen pour le remplacer par un accord de libre circulation réservée aux pays ayant la même politique migratoire. Autrement dit, rétablir des frontières intérieures ou des sous Schengen régression analogue qu’à une sortie de l’euro que prône certain.
Le président du principal parti d’opposition veut créer un nouveau statut outre les migrants économique "que la France n’a plus les moyens d’accueillir que de façon extrêmement limitée" et les réfugiés politiques, s’ajouteraient les réfugiés de guerre pour lesquels il faut "aménager un statut provisoire", car ils "sont obligés de fuir temporairement leur pays en voie de désintégration" et qui "ont donc vocation à retourner chez eux".
Effectuer donc un tri, organiser à grandes échelles des "centres de rétention" bien sûr aux frontières de Schengen ainsi que de l’autre côté de la Méditerranée.
A cela s’ajoute, la suppression de l’aide médicale d’Etat, le durcissement avec conditions de l’accès aux allocations logement et familiale et des critères de regroupement familial, la révision du droit de sol.
Tout est bon pour grappiller des voix à l’extrême droite en étant sur son programme.
Or la proposition d’instituer "un véritable statut provisoire" pour les réfugiés de guerre, il apprendra qu’il existe, il s’appelle : "protection subsidiaire" et bénéficie entre autres aux victimes de violence aveugle résultat d’une situation de conflit armée interne ou international (article L.712-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dit "CESEDA".

DAECH – l’Etat islamique
Dirigeant suprême l’autoproclamé "Calife Ibrahim" (Abou Bakr Al-Baghdadi) et représentant du prophète sur terre alors qu’il avait été viré d’Al-Quaida et qu’il était devenu un paria .
-  Le conseil de la charia organisme à la tête de la pyramide, contrôle donc tout.
-  C’est la dimension apocalyptique de DAECH qui séduit tant de jeunes occidentaux à la recherche d’un sens à leur vie. Sa capacité au nom du sacré à semer la terreur.
-  C’est une vraie instrumentalisation des idéologies religieuses militantes que l’on regroupe sous le terme "intégrisme".
-  Ces idéologies ne constituent pas le cœur des grandes religions. Elles ne reflètent pas non plus leurs visions du monde qu’il s’agisse des trois monothéismes ou des religions cosmiques du sous-continent indien et de l’Extrême-Orient.

L’islam comme religion, comme société et comme politique
Traiter de l’islam, c’est donc évoquer les sociétés musulmanes et du même coup, au-delà des variantes d’une religion commune, la diversité des islams.
Diversité religieuse, bien connue : shiites, sunnites, l’arc-chiite, s’étend bien au-delà de l’Iran.
Diversité ethnique, puisque le monde arabe, s’il est le foyer initial et reste la référence principale, il ne se confond pas avec le monde musulman et n’en représente même plus la majorité : l’Indonésie, l’Inde, le Pakistan, la Turquie et nombre de sociétés africaines, voir des populations européennes anciennement soumises à la domination ottomane l’illustrent : Kosovo, Albanie, Bosnie Herzégovine.
Diversité politique, puisque les pays musulmans peuvent avoir entre eux ou en leur sein des divergences profondes au niveau des orientations et débouchent sur des conflits armés ou des guerres civiles, la religion commune n’est pas pour le monde musulman, un ciment puissant comme le fut le christianisme pour l’Europe ou le monde occidental.
Aussi la distinction entre Islam et Islamisme est fondamentale.
Si l’islam est un phénomène dense, souple et multiforme qui survit à toutes ses vicissitudes historiques en s’adaptant à des modèles économiques, politiques et sociaux très différents, l’islamisme est plus faible et plus fragmenté qu’il ne semble et le temps ne joue probablement pas en sa faveur.
Transposant la formule de Victor Hugo qui voyait dans la réaction le nom de politique de l’agonie, ne pourrait-on dire que l’intégrisme est le nom religieux du déclin ?

Les frontières du Moyen-Orient
-  Juillet 2014, après la prise de Mossoul par l’Etat Islamique en Irak et au levant proclame son intention d’effacer les frontières coloniales des accords de 1923 (traité de Lausanne).
-  Le 16 mai 1916, les diplomates anglais Mark SYKES et François Georges PICOT dessinent en pleine 1ère guerre mondiale, les frontières du Moyen Orient ou tout ce qui était au Nord reviendrait à la France et tout ce qui était au Sud, à l’Angleterre.
-  Avalisé par la conférence de San Reno, la même année, puis par le traité de Sèvres en 1920 après la défaite germano turque, il ne sera jamais appliqué par Mustafa Kemal, nouveau Président turque et réussi à imposer en 1923 un nouveau traité ; celui de Lausanne. A l’exception du Kurdistan non reconnu et de l’Arménie, toutes les frontières actuelles en découlent et ne repose en rien sur la réalité régionale. Turquie, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine découlent de ce coup de crayon tracé le 16 mai 1916 creusant le chaos actuel.

Guerre en Syrie :
Les actions militaires ne valent que si elles servent une stratégie politique claire, partagée par une large coalition sur le plan international et régional avec le soutien de l’ONU.
Bombarder et punir ne suffiront jamais sans une diplomatie courageuse et audacieuse tournée vers le règlement des conflits.
Sinon c’est sans issue (depuis 15 ans) et cela met en péril lentement mais surement nos libertés démocratiques.
 On ne fait pas la guerre au terrorisme, on tente de l’éradiquer en s’attaquant en priorité à ses causes les plus immédiates.
 Les démocraties sont mal équipées pour répondre à l’ultra violence. Celles-ci corrompent leurs valeurs et dégradent leurs idéaux. Elles sont mal équipées pour répondre à l’ultra violence. Lorsque l’ennemi est d’un fanatisme radical, il faut le combattre sans concession, mais en évitant de se laisser entrainer dans un scénario de guerre civile. La notion de guerre est floue, sans définition sensuelle et on ne déclare plus la guerre car il n’y a pas d’Etat identifié (reconnaissance ONU). On parle de conflit armé. Parler de guerre relève de communication politique.
Pour la France, elle intervient dans tous les conflits sous l’égide des Nations Unies depuis 1989 – 1991 – Yougoslavie – Liban – Afrique subsaharienne – Rwanda – Côte d’Ivoire – RDC – Tchad) pour justifier son statut de membre permanent du conseil de sécurité, montrer son utilité diplomatique et stratégique de grande puissance sous l’égide des Nations Unies. La France a donc toujours été interventionniste ; l’Irak de 2003 est la seule exception.
Pour cette raison, la réaction de force est légitime et nécessaire mais il est également indispensable de contenir cette violence mimétique.
L’urgence est à l’offensive diplomatique. Il n’y a pas d’issue militaire dans un proche avenir alors que la guerre a déjà fait plus de 250.000 victimes, plus d’un million de blessés et plus de 6 millions de déplacés aves des migrations forcées.
 Erigée en préalable absolu le départ de Bachar Al Assad est une erreur. Il faut amorcer une transition imparfaite qui fissurera le bloc au pouvoir et scellera tôt ou tard le sort du dictateur.
 Fédérica MOGHERINI, Chef de la diplomatie européenne pour la Syrie, elle rassemble tous les acteurs, et c’est la seule issue pour elle. Elle travaille avec la position du Conseil Européen avec une démarche inclusive, donc y compris avec les représentants du régime syrien.