Usine du futur

mercredi 8 juillet 2015
Par Christine CANALE

La France industrielle régresse depuis quelques décennies. En 2013, le Ministère du Redressement Productif présentait 34 plans censés inverser la tendance, dont celui intitulé usine du futur, et créer 480.000 emplois sur 10 ans.

Quelques 4 milliards d’euros auraient été investis dans plus de 250 entreprises, essentiellement des PME et ETI sous la maitrise des grands groupes.

L’annonce faite par Emmanuel MACRON est de retailler ces 34 projets pour n’en garder qu’une dizaine parmi ceux-ci, l’usine du futur reste un pilier du dispositif et concerne l’ensemble des filières industrielles. Selon la littérature gouvernementale, l’objectif du plan Usine du futur est de "favoriser une meilleure compétitivité des entreprises en accompagnant le tissu industriel vers des briques technologiques et des méthodes de production plus efficientes et d’excellence opérationnelle. Il s’agit de permettre à l’industrie française d’avoir des usines performantes, flexibles, respectueuses de l’environnement, économes en énergie et assurant la place de l’homme au centre de ce modèle".

Cette feuille de route pour la compétitivité se concrétise en région Rhône-Alpes via la SRI-SI, les 7 domaines de spécialisation intelligente, l’innovation le fléchage des fonds européens, véritable démarche de sélectivité et de logique d’excellence au profit de la métropolisation. Cela ne peut constituer de notre point de vue, ni une politique industrielle, ni un modèle durable et plus personne n’ignore le risque d’un développement polarisé entre des territoires d’excellence et des déserts.

Dans ces conditions, imaginer le futur de l’industrie, du travail, des territoires, aborder les mutations, bouleversements auxquels nous sommes confrontés et concevoir les transitions à venir qu’elles soient industrielles, écologiques, territoriales, sociales, sociétales sont des défis majeurs pour notre société, l’avenir des futures générations. Nos réflexions, travaux d’anticipation, de prospective ne sont donc pas neutres pour les choix stratégiques à opérer et les politiques publiques pour les accompagner.
La section Prospective dans cet exercice à procéder à un gros travail d’élaboration et rédaction mais comme tous les exercices de prospective, le résultat est peu utilisable pour éclairer les choix, selon un scénario précis et à retenir.

Il aurait peut-être été plus efficace de réaliser un repérage des grandes tendances d’évolutions possibles sur chaque sujet en évaluant les probabilités de réalisation, les conditions pour y parvenir.

On retrouve les mêmes "briques" dans chaque scénario, différemment combinées et avec plus ou moins d’importance attachée à chacune : usine isolée ou pas, rapport groupe-pme, rapport industrie / autres secteurs, robotique plus ou moins développée, taylorisme ou néo-taylorisme, formation publique ou par l’entreprise, régulation ou loi de la jungle, métropoles dominantes ou régions régulatrices, normes environnementales imposées ou spontanées…

Ce qui apparait quand même probable dans le texte c’est la domination des grands groupes et des métropoles.

Ce qui n’est pas mis clairement en lumière, c’est qui décide quoi ! Qui intervient sur les choix stratégiques des entreprises et sur les politiques publiques ?

Il est évoqué la fameuse "destruction créative" comme si le cycle vie-mort-vie des techniques, des activités, des entreprises, des emplois était un cycle biologique.

Alors qu’il est social et institutionnel, ce sont des décisions d’acteurs qui condamnent ou font revivre technologie, activités, entreprises, emplois.

En termes d’organisation du travail, les scénarios font la part belle au taylorisme, renouvelé ou non, avec quelques tendances contradictoires dans le sens de "l’artisanat de masse" ;

En termes de relation salariale, plusieurs scénarios évoquent une profonde transformation du contrat de travail et des protections qui y sont liées : sécurité sociale professionnelle et place centrale du travail, entreprise nœud de contrats (individuels), travail à la carte, fin du modèle salarial et relation commerciale, la dualisation du marché du travail.

Autant d’éléments, de contradictions, de possibles qui questionnent notre avenir, le futur et le sens que nous voulons lui donner, en partant des réalités d’une mondialisation, d’une Europe de concurrence, où la finance et la bourse, l’intérêt particulier des actionnaires ont pris le pas sur l’intérêt général et les nécessaires solidarités entre les peuples.

C’est en ce sens que la CGT préconise un nouveau paradigme, un nouveau modèle économique et social.

Car il n’y a pas d’avenir pour l’humain, l’environnement dans un mode, une société, une économie qui se base sur la compétitivité pour suivre les logiques financières en plaçant les productions, les territoires les salariés en concurrence par des logiques du travail low-cost, d’économies, de rigueur à tout prix qui étranglent la réponse aux besoins sociaux et sociétaux et plongent nos économies dans une crise systémique et durable.

Quelle autre alternative dès lors ! Quel autre futur possible si ce n’est repenser l’économie au local, réinventer des circuits cours, favoriser les coopérations, les mutualisations, relocaliser les productions, les usines dans les territoires au plus près des ressources naturelles, des lieux de consommation avec les nouvelles technologies au service des hommes et des besoins. Cette nouvelle chaine de valeur replace les besoins humains, sociaux, sociétaux au cœur de l’économie en s’appuyant sur le renforcement des filières industrielles, permet de "reconnecter" les territoires autour de points forts propres à notre région Rhône-Alpes et à l’Auvergne.

Le développement de projets innovants autour de la mobilité pouvant servir de point de rencontre pour les deux tissus industriels dans une conception de développement et d’aménagement équilibré de la future grande région Auvergne – Rhône-Alpes et replace le travail et sa finalité au cœur d’un développement humain et durable.
Afin de favoriser cette transition juste vers un modèle de développement durable, il faut réhabiliter la démocratie, donner confiance et consentement des citoyens, renforcer la RSE des entreprises et les droits d’intervention pour les salariés, en créant de nouveaux espaces de démocratie sociale en territoires.